Assemblage #27

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AUTRES PETITES PHRASES #114

L’imposant vol d’oies fait lever la tête
par-dessus le ring embouteillé
Plus loin, des curieux louchent
Un apprenti batman s’est crashé
sur le remblais

Promenade photographique #1


Il y a foule devant les automates installés récemment à côté du commissariat de police dont la vitrine dévoile une salle d’attente et un guichet avec une agente et un homme maigre,  sans chaussures, affalé dans un siège baquet. Dans mon dos, une femme noire enceinte tient son landau avec un très jeune enfant. Elle est cernée de bagages et d’hommes qui s’invectivent. L’un d’eux saisit le petit, le fourre dans les bras de sa mère et charge les paquets sur la poussette. Le groupe s’ébranle, la femme suit lourdement.

Devant le distributeur, un corps boudiné dans une djellaba bleue, signale qu’elle va prendre tout son temps. Une, deux cartes. A la troisième, ma voisine de file se retourne avec un regard ironique, me dit qu’elle est pressée, quelle part demain à Casablanca, qu’elle a besoin de cash. Enfin le dos bleu se tourne, les yeux ne regardent personne. Nous sommes transparents.
Je remonte la rue où je croise la même femme enceinte chargée du bébé qui patiente devant chez elle où les mêmes hommes palabrent dans l’entrée. Une grille dorée barre une fenêtre de cave, un barreau est tordu. J’y vois mon africaine entourée de ses partenaires masculins, des coqs à tête d’or.

J’avance comme un chien, reniflant les soubassements crasseux, reluquant dalles, pavés et herbes sauvages. Il n’y a pas d’échappée vers le ciel dans ces rues étroites. Une fenêtre au ras du trottoir est un tableau maritime, des toiles d’araignée dessinent les vagues d’une mer à peine agitée, un fragment de bois en guise d’esquif. On a les échappées qu’on cherche, un océan dans un sous-sol ! Je suis un trajet aléatoire, rencontre une ancienne vitrine commerciale transformée en habitation privée. Ceux qui y vivent l’ont garnie de béliers pelucheux, de l’œil bleu, magique et oriental et d’une affichette « Sprout to be Brussels ». Une sorte de publicité type pour une commune qui compte plus de 160 nationalités. Dans cet état de disponibilité, tout me régale même un assemblage de briques, de verre et de plâtre qui bouche un autre sous-sol. C’est pareillement beau et laid. A sa gauche, un gratte-pieds laisse imaginer ce qu’était la grille en fer forgé. Un pigeon assorti et pelé entre dans le cadre au moment de la photo. A l’angle de deux rues, une langue verte dans une mâchoire de métal est sertie dans le trottoir et un homme dubitatif me regarde regarder. Dans la superbe avenue Louis Bertrand, je me pose en point devant le signe interrogatif dessiné par la géométrie des buissons. Axe de fierté art nouveau de la commune, il compte en majorité de solides maisons pesantes affublées d’un néo-quelque chose. Premier étage, pierres claires et châssis bleu ciel, un lustre orange est allumé. Un théâtre cossu pour dames et drames d’intérieur. On pressent un chagrin en cocon.

A deux jets de cailloux, la rue resserre ses façades. Mes yeux retournent au sol. Une bogue s’orne de plumes, ange tombé ou oiseau crevé. Je sursaute en découvrant une peluche d’ours blanc sur l’appui d’une fenêtre. En arrière-plan, des oiseaux chanteurs sur film plastique. L’enfant a probablement sa chambre derrière cette vitre. Son ours dit « Me voulez-vous ? ». Il est confié au hasard d’une adoption. Du moins c’est ce que je me raconte. De cet amour que nous nourrissons pour les animaux quand nous sommes petits et qui s’étiole dans l’indifférence à l’âge adulte. J’ai le cœur gros en pensant aux espèces qui disparaissent les unes après les autres. Puis je croise le balayeur africain de ma rue. A son chariot-poubelle est accrochée une peluche tigre sale et pelée. Un sursis symbolique pour une autre espèce en disparition !