Le caramel

Récemment, au théâtre, j’ai vu une marionnette engloutir un caramel. A la sortie, une coupe en verre, pleine des bonbons dorés au cœur de beurre fondant, s’offrait aux mains gourmandes des spectateurs. Je n’ai pas hésité une seconde. J’avais oublié le goût des caramels.

Alors pour le prochain supermarché, j’inscris sur ma liste : CARAMELS. J’en trouve et les teste immédiatement devant le rayon bonbons. Sont-ils aussi délicieux que ceux du théâtre ? Oui !

Je reconnais la caissière. Je la vois vieillir. Elle me voit vieillir. Nous nous sourions d’un air entendu, un sourire de connivence.
Au moment de payer, je lui propose un caramel.

  • Goûtez, c’est irrésistible !

Elle refuse, plus par politesse. Je suis sûre qu’elle en a envie ou alors c’est pure projection de ma part. Elle me tend le ticket. Je luis dis au revoir. Dans ses yeux je lis un merci muet pour cette petite attention.

Un caramel a posé un éclat doré dans nos regards et notre journée.

Monsieur Aydin

Le trottoir, pavés bleus, déchaussés, déploie ses portants de vêtements déclassés à trois euro. Il y a pléthore de pulls et manteaux. C’est l’hiver. Mr Aydin siège derrière sa table-comptoir, les yeux rivés à l’écran de son téléphone portable. La boutique est étroite et creuse par couches, par strates un millefeuille de lainages, chemises, pantalons, robes. Une caverne de nippes et d’odeurs. J’y trouve toujours quelque chose pour moi, pour le théâtre. Je suis toute embarrassée au moment de payer, j’ai oublié mon porte-monnaie. Mr Aydin me regarde. Ses yeux bruns pétillent dans la coupe lisse de son visage.

  • Pas de problème ! Vous me paierez la prochaine fois.

Dix minutes et je déboule pour régler mes trois euro de dette.

  • Mais ça ne pressait pas. Vous aviez le temps. Les gens qui viennent ici, je leur fais confiance.

Sa bouille se fend comme une pastèque en un sourire chaleureux, à vous allumer le cœur.